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Le problème ne réside pas tant dans la nature de ce que
la société valorise. Des valeurs telles que la réussite
professionnelle peuvent très bien rendre beaucoup de gens heureux.
Le danger se situe plutôt dans la manière dont nous adoptons
ces valeurs, souvent sans aucunement analyser leur pertinence par rapport
à nos propres goûts. Par exemple, si l’on nous dit
pendant notre enfance que le mariage rend profondément heureux,
il se peut bien que l’avenir nous le confirme. Mais si nous adoptons
cette croyance et que nous avons la malchance de vivre une union difficile
s’achevant par un divorce, nous risquons d’être encore
plus déçus que si nous n’y avions pas cru. Si nous
suivons le courant en ne nous fiant plus qu’à ce que pense
le plus grand nombre, il devient extrêmement facile de perdre
pied, de ne pas comprendre où nous allons. Bien sûr, ce
phénomène est normal: nos activités, les gens que
nous fréquentons, les médias expriment sans cesse certaines
valeurs. Il est naturel de finir par les assimiler. Mais si toutes ces
variations du plaisir ou de la reconnaissance peuvent parfois nous rendre
heureux, elles n’assurent pas pour autant notre bien-être.
Résumons
la définition du bonheur qui a été entamée.
Il ne peut s’agir de simples valeurs sociales ni d’un état
d’euphorie constant puisque notre organisme le réduirait
nécessairement. Chaque personne élabore sa propre définition
du bonheur selon ses expériences et ses intérêts
; cette définition prend souvent une forme idéale, absolument
irréaliste parce que impossible à maintenir constante.
Que reste-t-il ? Comme nous le constatons, tenter de définir
le bonheur de manière universelle s’avère plutôt
ardu. C’est cette erreur que nous commettons fréquemment
lorsque nous le définissons par des caractéristiques générales,
comme être aimé, riche, puissant, etc.
Au
cours des pages qui suivent, je présenterai un bonheur qui prend
forme à travers des dispositions absolument personnelles. Au
lieu d’un idéal, il s’agira plutôt d’un
contexte, d’un état d’esprit fonctionnel lié
à la manière dont nous utilisons le sens dans notre vie.
Et s’il reste vain de tenter une explication unique qui engloberait
toutes les formes du bonheur, il est possible d’identifier ce
qui s’impose à l’origine : la compréhension,
puis la maîtrise des processus
psychologiques et des comportements qui permettent de vivre pour
nous-mêmes quatre saisons dans le bonheur.
Maintenant
que j’ai défini le bonheur avec autant de réserves,
on est en droit de se demander de quel état il peut bien s’agir.
À la différence, donc, d’un bonheur illusoire et
particulièrement intense, je parlerai d’un autre bonheur.
Je le définirai, celui-là, comme un état stable
de bien-être et d’harmonie avec soi-même, avec les
autres et avec la majorité des événements de notre
vie. J’expliquerai certains éléments fondamentaux
qu’il est nécessaire de comprendre et d’accepter
pour parvenir à cet état et l’entretenir. Ce bonheur,
réalisable celui-là, deviendra en quelque sorte prévisible,
maîtrisable. Ces qualités le distingueront des moments
qui, pour plus agréables et plus inattendus qu’ils soient
– comme réaliser avec succès un objectif longuement
caressé –, restent impossibles à anticiper, à
maîtriser véritablement, et surtout ne durent jamais très
longtemps.
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