Introduction - Petit traité antidéprime: 4 saisons dans le bonheur - 3
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... Ainsi, la limite de nos moments de «bonheur» est simplement physique. Nous oublions rapidement que c’est la rareté de ces moments qui en fait l’intensité. Avec un bonheur constant, notre corps se désensibiliserait vite à l’état d’euphorie naturelle. De même, en affirmant qu’il n’y a pas d’amour heureux, le poème d’Aragon (devenu adage populaire) rappelle par la même occasion cet aspect tellement circonstanciel qui aide à faire naître la passion amoureuse, accroissant sa force et sa beauté.

Le bonheur défini comme un état d’euphorie et de satisfaction constante semble ainsi constituer notre but principal. Nous avons tous l’espoir d’améliorer notre sort. Mais de quelle manière devons-nous procéder pour y arriver ?

Aussi loin que nous étendions notre regard sur l’histoire humaine, nous voyons poindre la quête du bonheur. Quelque trois siècles avant notre ère, le philosophe Épicure a d’ailleurs écrit ceci dans la Lettre à Ménécée : « Il faut donc étudier les moyens d’acquérir le bonheur, puisque quand il est là nous avons tout, et quand il n’est pas là, nous faisons tout pour l’acquérir. » Des philosophes de l'Antiquité à aujourd’hui, il s’agit toujours de l’eudémonisme, de la recherche du bonheur. Mais la manière d’y parvenir que je propose ici est bien différente de tous les moyens qu’Épicure connaissait à son époque…

Plus près de nous, la conception populaire du bonheur prend souvent le visage de la santé, du confort matériel et de la richesse. Malheureusement, très peu de ces éléments dépendent de ce que nous sommes et de nos valeurs personnelles. Ils se définissent essentiellement par une reconnaissance extérieure: combien d’argent nous gagnons, qui sont nos amis, quelles innovations technologiques nous venons de nous procurer, etc. Contrairement au bonheur évoqué par Épicure, ce bonheur-là n’est pas celui de la mesure mais plutôt celui de l’excès. Parmi les « heureux » qui comblent facilement leurs besoins primaires, qui bénéficient d’une foison d’activités et d’événements culturels, plusieurs ne voient pas où la vie les mène et restent profondément insatisfaits sans pour autant savoir quoi faire pour améliorer leur sort. Cela montre à quel point le bonheur ne dépend pas de la richesse ni de la popularité – ou d’autres facteurs essentiellement extérieurs – mais de nous-mêmes. C’est pour cette raison que nous devons apprendre à développer des habiletés intérieures aptes à faire contrepoids à la pression que les valeurs sociales exercent sur nous. ...

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