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Ainsi, la limite de nos moments de «bonheur» est simplement
physique. Nous oublions rapidement que c’est la rareté
de ces moments qui en fait l’intensité. Avec un bonheur
constant, notre corps se désensibiliserait vite à l’état
d’euphorie naturelle. De même, en affirmant qu’il
n’y a pas d’amour heureux, le poème d’Aragon
(devenu adage populaire) rappelle par la même occasion cet aspect
tellement circonstanciel qui aide à faire naître la passion
amoureuse, accroissant sa force et sa beauté.
Le
bonheur défini comme un état d’euphorie et de satisfaction
constante semble ainsi constituer notre but principal. Nous avons tous
l’espoir d’améliorer notre sort. Mais de quelle manière
devons-nous procéder pour y arriver ?
Aussi
loin que nous étendions notre regard sur l’histoire humaine,
nous voyons poindre la quête du bonheur. Quelque trois siècles
avant notre ère, le philosophe Épicure a d’ailleurs
écrit ceci dans la Lettre à Ménécée
: « Il faut donc étudier les moyens d’acquérir
le bonheur, puisque quand il est là nous avons tout, et quand
il n’est pas là, nous faisons tout pour l’acquérir.
» Des philosophes de l'Antiquité à aujourd’hui,
il s’agit toujours de l’eudémonisme, de la recherche
du bonheur. Mais la manière d’y parvenir que je propose
ici est bien différente de tous les moyens qu’Épicure
connaissait à son époque…
Plus
près de nous, la conception populaire du bonheur prend souvent
le visage de la santé, du confort matériel et de la richesse.
Malheureusement, très peu de ces éléments dépendent
de ce que nous sommes et de nos valeurs personnelles. Ils se définissent
essentiellement par une reconnaissance extérieure: combien d’argent
nous gagnons, qui sont nos amis, quelles innovations technologiques
nous venons de nous procurer, etc. Contrairement au bonheur évoqué
par Épicure, ce bonheur-là n’est pas celui de la
mesure mais plutôt celui de l’excès. Parmi les «
heureux » qui comblent facilement leurs besoins primaires, qui
bénéficient d’une foison d’activités
et d’événements culturels, plusieurs ne voient pas
où la vie les mène et restent profondément insatisfaits
sans pour autant savoir quoi faire pour améliorer leur sort.
Cela montre à quel point le bonheur ne dépend pas de la
richesse ni de la popularité – ou d’autres facteurs
essentiellement extérieurs – mais de nous-mêmes.
C’est pour cette raison que nous devons apprendre à développer
des habiletés intérieures aptes à faire contrepoids
à la pression que les valeurs sociales exercent sur nous. ...
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