Introduction - Petit traité antidéprime: 4 saisons dans le bonheur - 2
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... Quelques définitions du bonheur

De tous les temps, par tous les moyens, dans toutes les langues, l’être humain a continuellement décrit un état qui lui semblait idéal : le bonheur. Bien sûr, cette notion n’a pas toujours existé avec la même précision qu’aujourd’hui et une grande quantité de termes ont été utilisés pour y référer. Parfois relié à l’amour, d’autres fois à la béatitude religieuse, le bonheur a tenté les philosophes dans leurs écrits et a emprunté tous les visages, celui de l’art et de l’argent jusqu’à celui des paradis artificiels. Des religions, des rituels ont tendu vers cette harmonie. Ces régimes parfois austères étaient une manière de répondre à certains besoins psychologiques et affectifs essentiels, comme la valorisation et l’adhésion à un groupe. Cela donnait surtout l’impression d’être utile dans le monde et la société, ce qui permettait de mieux comprendre le vaste mystère d’une existence devenue tout à coup pleine de sens.

De manière plus ou moins concrète, la quête humaine est devenue celle du bonheur, d’un bonheur intense, constant et irréductible. Mais cette tentative demeure irréalisable dans la mesure où la notion de bonheur, telle qu’elle est ainsi définie, ne décrit tout simplement pas la réalité. La sagesse populaire n’a-t-elle pas remarqué qu’aucun être humain, du plus riche au plus épanoui, n’a jamais atteint un tel état de joie de manière durable ? N’avons-nous pas constaté que le bonheur dont il s’agit consiste surtout en une collection de moments de nature variable, habituellement courts, qui ponctuent agréablement nos vies de façon sporadique et imprévisible ? Par exemple, un tel bonheur semble bien à l’œuvre pendant la passion amoureuse, la réalisation d’un projet dans lequel nous avons investi quantité d’efforts, la nouveauté et la détente que prodiguent les voyages. Mais ces états sont heureux justement parce qu’ils ne sont pas constants. Le bonheur dont je parlerai n’est pas celui qu’on imagine habituellement, car un état d’euphorie ou de satisfaction constante n’existe tout simplement pas. Et, pour ajouter une difficulté, ce bonheur reste absolument insaisissable puisqu’il varie avec chaque personne !

Ainsi, gagner le gros lot à la loterie peut permettre de rendre quotidiens des moments qui restaient trop rares et exceptionnels. Avoir la possibilité, quand on le désire, de boire de très grands vins, de voyager continuellement, de se délasser, tout cela ne mène pas à un état constant de bonheur : le plaisir intense ne se fait sentir qu’au début. Nous nous habituons aux nouveaux états, aussi agréables qu’ils soient, et c’est pour cette raison que les moments intenses de bonheur ne sont possibles que pendant de courtes périodes. Il est même intéressant de constater que, sur le plan de la chimie du cerveau, ces moments d’exaltation intense découlent du travail de molécules particulières, les neurotransmetteurs tels que l’endorphine, l’adrénaline, la dopamine et la sérotonine. Sans certaines de ces substances, aucune euphorie ne serait ressentie. Cependant, et dans ce cas comme dans celui des drogues, le corps ne peut constamment entretenir un état exceptionnel, la production et l’effet de ces substances demeurant restreints. ...

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