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Quelques définitions du bonheur
De
tous les temps, par tous les moyens, dans toutes les langues, l’être
humain a continuellement décrit un état qui lui semblait
idéal : le bonheur. Bien sûr, cette notion n’a pas
toujours existé avec la même précision qu’aujourd’hui
et une grande quantité de termes ont été utilisés
pour y référer. Parfois relié à l’amour,
d’autres fois à la béatitude religieuse, le bonheur
a tenté les philosophes dans leurs écrits et a emprunté
tous les visages, celui de l’art et de l’argent jusqu’à
celui des paradis artificiels. Des religions, des rituels ont tendu
vers cette harmonie. Ces régimes parfois austères étaient
une manière de répondre à certains besoins psychologiques
et affectifs essentiels, comme la valorisation et l’adhésion
à un groupe. Cela donnait surtout l’impression d’être
utile dans le monde et la société, ce qui permettait de
mieux comprendre le vaste mystère d’une existence devenue
tout à coup pleine de sens.
De
manière plus ou moins concrète, la quête humaine
est devenue celle du bonheur, d’un bonheur intense, constant et
irréductible. Mais cette tentative demeure irréalisable
dans la mesure où la notion de bonheur, telle qu’elle est
ainsi définie, ne décrit tout simplement pas la réalité.
La sagesse populaire n’a-t-elle pas remarqué qu’aucun
être humain, du plus riche au plus épanoui, n’a jamais
atteint un tel état de joie de manière durable ? N’avons-nous
pas constaté que le bonheur dont il s’agit consiste surtout
en une collection de moments de nature variable, habituellement courts,
qui ponctuent agréablement nos vies de façon sporadique
et imprévisible ? Par exemple, un tel bonheur semble bien à
l’œuvre pendant la passion amoureuse, la réalisation
d’un projet dans lequel nous avons investi quantité d’efforts,
la nouveauté et la détente que prodiguent les voyages.
Mais ces états sont heureux justement parce qu’ils ne sont
pas constants. Le bonheur dont je parlerai n’est pas celui qu’on
imagine habituellement, car un état d’euphorie ou de satisfaction
constante n’existe tout simplement pas. Et, pour ajouter une difficulté,
ce bonheur reste absolument insaisissable puisqu’il varie avec
chaque personne !
Ainsi,
gagner le gros lot à la loterie peut permettre de rendre quotidiens
des moments qui restaient trop rares et exceptionnels. Avoir la possibilité,
quand on le désire, de boire de très grands vins, de voyager
continuellement, de se délasser, tout cela ne mène pas
à un état constant de bonheur : le plaisir intense ne
se fait sentir qu’au début. Nous nous habituons aux nouveaux
états, aussi agréables qu’ils soient, et c’est
pour cette raison que les moments intenses de bonheur ne sont possibles
que pendant de courtes périodes. Il est même intéressant
de constater que, sur le plan de la chimie du cerveau, ces moments d’exaltation
intense découlent du travail de molécules particulières,
les neurotransmetteurs tels que l’endorphine, l’adrénaline,
la dopamine et la sérotonine. Sans certaines de ces substances,
aucune euphorie ne serait ressentie. Cependant, et dans ce cas comme
dans celui des drogues, le corps ne peut constamment entretenir un état
exceptionnel, la production et l’effet de ces substances demeurant
restreints. ...
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