Albert
Camus: Un Apostolat sanglant. Approche pragmatique et cognitive de
son oeuvre théâtrale,
Brossard, Humanitas, 2002, 180 p.
Cet
essai s'intéresse tout particulièrement au théâtre
d'Albert Camus, ce que peu d'études ont traité jusqu'à
présent malgré la reconnaissance dont jouit son auteur.
Les pièces choisies, Caligula et Le Malentendu,
sont analysées à la lumière de plusieurs théories:
la pragmatique du langage, la philosophie et la psychologie cognitive,
disciplines qui entretiennent de féconds rapports entre elles.
Une
large place est également réservée à l'absurde
et à la révolte, notions qui, si Camus les développe
dans Le Mythe de Sisyphe et L'Homme révolté,
se manifestent avec ardeur dans ses œuvres littéraires.
À travers l'étude des personnages principaux, une question
surgit : tous deux confrontés aux affres de leur existence
absurde, comment Caligula et Martha arrivent-ils à développer
des comportements aussi opposés, respectivement marqués
par l'excès et l'insuffisance ?
Cette
perspective donne le ton général de l'analyse, mais
l’essai possède aussi une portée plus actuelle.
Tout entière, l'œuvre de Camus affirme la nécessité
pour l'être humain de se battre contre ses propres iniquités;
d'essayer de comprendre; enfin, de se révolter pour tenter
de découvrir en quoi la vie, devant ce monde si « déraisonnablement
silencieux », peut gagner la valeur de son engagement.
C'est
donc à une expérience inattendue que le lecteur est
convié, car il s'agit bien d'une incursion dans ce sort que
l'humanité a souvent considéré tellement tragique:
l'impression de se perdre et la tentative de comprendre pourquoi nous
vivons. Peut-être arriverons-nous un jour à porter, comme
un Sisyphe victorieux, ce lourd fardeau qui nous échoit, celui
de l'existence.