Témoignage d'auteur paru dans Écrire un livre, de la conception à la publication
(Marilou Brousseau et Nicole Gratton, Éditions le Dauphin Blanc, 2005, 188 p.)
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D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les livres. Tout petit déjà, mes parents m’immergeaient tout entier dans le monde évanescent des contes, pour m’émerveiller de ce que l’imagination des autre recelait d’inestimable. Ce n’est donc guère un hasard si j’ai très vite ressenti un empressement tout intime pour la lecture puis, pour l’écriture.

Cependant, tout écrivain en puissance ne peut jamais juger de la place que lui fera le monde de l’édition ni, Ô consécration ultime, de l’amour éventuel que lui porteront les lecteurs. Le mot d’ordre m’a donc paru être celui sans lequel nous serions pour toujours privés des délices de la satisfaction : persévérer ! J’ai commencé par rêver d’écrire, puis j’ai distillé peu à peu sur mon pauvre ordinateur les pages de mièvres histoires empreintes des stéréotypes dont se nourrissait mon esprit adolescent. Mais le pianiste de doit-il pas se gorger de gammes pour arriver un jour à quelque résultat ? Au détour de la littérature, j’ai plus tard découvert le riche chemin des idées, dans lequel je me suis engouffré avec la même étincelle que celle qui brille dans l’œil réjoui de l’explorateur.

Je résumerais donc à deux les volets qui, chaque jour, me font goûter aux bonheurs de l’écriture: celui de la beauté de notre langue, à travers l’imagination et les ressources dont abonde la littérature; et celui des idées, à travers la quête du savoir et de la compréhension. D’ailleurs, comme si une digue s’était rompue en moi, j’ai récemment commencé à noter la foule des sujets qui se pressait vers moi et sur lesquels j’aimerais un jour écrire. J’espère seulement vivre assez longtemps pour en rédiger la moitié…

Sur l’écriture, Jorge Luis Borges, l’auteur argentin auquel je voue plus que de l’admiration, disait : «Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée que l’on nomme la masse […] J’écris pour moi, pour mes amis et pour laisser passer le cours du temps.» En me rappelant doucement ses mots, je constate à quel point l’écriture s’adresse d’abord à nous-mêmes, dans le recueillement et la patience. Ensuite seulement nous pouvons offrir au monde ce qu’il y a de meilleur.

Enfin, lorsque l’on aime écrire, lorsque ce besoin se fait sentir comme un maelström au tréfonds de nous-mêmes, nul besoin d’interroger la pertinence de rédiger un second, un troisième ou même un vingtième livre. C’est pourquoi je suggère à celles et ceux qui caressent le désir de couler des moments suaves en compagnie des mots et de quelques pages vierges de commencer par rêver. Car, comme disait Victor Hugo, ce sont les utopies d’aujourd’hui qui font la réalité de demain.

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