Tirer profit du modèle cognitif humain dans les recherches en intelligence artificielle - 8

... 4.4 Concepts et langage

Le rôle du cerveau s’avère primordial dans le développement et l’utilisation du LN chez l’être humain. Un ensemble de zones cérébrales qui traitent le sens des mots ont d’ailleurs été identifiées (par exemple, voir Pulvermüller, 1999). Ainsi, le langage nous permet d’identifier des classes d’objets, d’en inférer de nouvelles propriétés et de communiquer ces informations à d’autres personnes. Les processus cognitifs supérieurs que nous avons abordés précédemment sont également impliqués dans le traitement du langage. Cette relation directe entre le langage et les connaissances a d’ailleurs été beaucoup étudiée, ce qui nous permettra d’évoquer des phénomènes propres à l’organisation des mots en mémoire et à leur utilisation.

4.4.1 L’amorçage des concepts en mémoire et l’effet des connaissances

La mémoire sémantique humaine ne contient pas un ensemble d’informations statiques mais fait varier le sens des mots en fonction de leur utilisation. Par exemple, les recherches sur l’effet d’amorçage ont depuis longtemps démontré que les sujets lisaient plus rapidement un mot s’ils en avaient préalablement lu un autre qui lui était rattaché au niveau sémantique (voir Ratcliff et McKoon, 1988). Plusieurs phénomènes langagiers illustrent ce principe, comme l’instanciation et l’interprétation. L’instanciation est le phénomène par lequel les informations contextuelles – les mots dans une phrase, par exemple – amorcent ou restreignent l’accès à certains concepts. C’est le cas du mot navet dans les phrases suivantes :
– Jean, en bon agriculteur, récolte ses navets.
– Ce film était un véritable navet !
La nature grammaticale et l’acception du mot paresseux change complètement d’une phrase à l’autre.

Selon cette perspective, les mots ne possèdent pas un certain nombre de sens bien définis mais plutôt un ensemble de significations potentielles (Halff et al., 1976). La signification des mots peut donc être modifiée de manière pratiquement illimitée. Le phénomène d’instanciation suggère que les connaissances jouent un rôle prépondérant dans l’utilisation du langage. Par exemple, il est impossible d’expliquer comment on obtient des connaissances plus générales sur un sujet simplement à partir des termes spécifiques contenus dans une phrase si l’on ne dispose pas de connaissances préalables sur le monde ni de capacités inférentielles.

Si les mots sont toujours interprétés d’une manière plus spécifique que l’ensemble de leurs significations potentielles, cette sélection ne s’effectue pas au hasard et le processus de catégorisation se manifeste de nombreuses manières. Par exemple, les recherches ont démontré que les gens nomment plus librement les mots à leur niveau de base de catégorisation (Lin et al., 1997). C’est le signe qu’une sélection s’effectue à partir du sens des mots au cours de leur utilisation. Enfin, Murphy (1990) a montré qu’il est plus facile d’interpréter un adjectif lorsqu’il modifie le sens d’un substantif tel qu’il le fait typiquement. Par exemple, pomme rouge (la couleur utilisée dans son acception typique) sera plus facile à interpréter que rouge de colère (la couleur utilisée dans une acception moins courante de relation causale). ...

1. Introduction
2. Les réseaux sémantiques en IA
3. Incarnation et langage naturel
4. Tirer profit des recherches sur la cognition humaine
5. Quelques suggestions issues des recherches sur la cognition humaine
6. Conclusion
Bibliographie

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