Tirer profit du modèle cognitif humain dans les recherches en intelligence artificielle - 3

... 3. Incarnation et langage naturel

Les réseaux sémantiques dépendent de deux types de langage pratiquement universels mais très différents l’un de l’autre. Le premier, formé des langues naturelles, constitue le matériau de base des réseaux sémantiques, tandis que le second, la logique symbolique, sert à organiser le LN pour reproduire la configuration des connaissances. Chacun de ces langages est avantageux. Les êtres humains produisent inconsciemment le LN et la puissance expressive de ce dernier sert de support à leurs activités. De son côté, la logique symbolique est assez générale et précise pour inspirer l’élaboration des langages informatiques. Malgré ce potentiel et les recherches effectuées à ce jour, plusieurs facteurs limitent encore les capacités des réseaux sémantiques.

Par exemple, l’intension d’un mot équivaut à l’ensemble des extensions (ou référents) possibles pour ce mot. L’extension correspond au référent, à la partie du monde réel à laquelle le mot réfère. Les réseaux sémantiques ont jusqu’à présent reproduit presque exclusivement des relations intensionnelles. Autrement dit, ils manipulent des symboles sans entretenir d’autre rapport à l’environnement qu’à travers leurs programmeurs. Comment une machine peut-elle apprendre à partir de stimuli réels lorsqu’elle n’entretient qu’un piètre rapport à l’environnement ?

Un réseau sémantique n’est pas seulement un reposoir de données. Les relations entre les concepts qu’il contient en font plutôt une base de connaissances dynamiques. Or, malgré la constance de certains phénomènes, l’environnement est variable. Il manque encore aux réseaux sémantiques la capacité d’apprendre de façon autonome, c’est-à-dire la possibilité d’intégrer de nouvelles connaissances, de les réviser et d’utiliser ces connaissances pour en former de nouvelles. Pour cette raison, nous croyons que l’apprentissage qui dépend des interventions humaines n’est pas une méthode suffisamment efficace. Au contraire, des méthodes comme l’extraction des connaissances à partir des relations grammaticales permettront de tirer profit de grandes quantités de texte (voir Iwanska et Shapiro, 2000).

Chez l’être humain, plusieurs compétences cognitives courantes impliquent le LN. Par exemple, la capacité de distinguer des catégories ontologiques (choses, événements, etc.), de décrire des états et des modalités (possibilité, nécessité, etc.), de communiquer des intentions, d’identifier la valeur de vérité de propositions, de stocker de grandes quantités d’informations sous forme de prédicats, d’arguments et de propositions pour, enfin, les réutiliser grâce à différents actes de langage, comme l’ordre ou l’interrogation (Pinker et Bloom, 1990: 712-713).

Il ne fait aucun doute que la modélisation des connaissances qui fait appel aux unités nominales, notamment les réseaux sémantiques et les autres systèmes de TAL, enrichira les capacités cognitives artificielles dont bénéficient déjà les ordinateurs. Ces avancées continueront de s’effectuer à travers différents domaines, par exemple:
– de riches interactions avec les utilisateurs, à la fois efficaces et plus conviviales (Lemon et Gruenstein, 2004);
– la capacité accrue d’organiser les connaissances pour apprendre, classifier et faire des inférences à partir de données textuelles non structurées (Iwanska, 1997);
– la découverte automatisée de nouvelles connaissances, notamment à partir de vastes bases de données (Wren et al., 2004);

Les ordinateurs gagneront un nouveau type d’intelligence lorsqu’ils seront capables d’utiliser efficacement le LN, comme le suggère le test de Turing. Patel et ses collègues (1995) soulignent combien le diagnostic médical, par exemple, exige non seulement des activités comme l’identification des connaissances pertinentes, mais également leur procéduralisation, leur évaluation et la prise de décision. Ce défi demandera aux ordinateurs de disposer de capacités telles que la reconnaissance des intentions (McKevitt et al., 1999), la prise de décision autonome et même la conscience (voir Cardon, 2004). C’est la raison pour laquelle les recherches sur la cognition humaine peuvent être utiles. ...

1. Introduction
2. Les réseaux sémantiques en IA
3. Incarnation et langage naturel
4. Tirer profit des recherches sur la cognition humaine
5. Quelques suggestions issues des recherches sur la cognition humaine
6. Conclusion
Bibliographie

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