Matière, matériaux, matérialité de l'oeuvre
d'art - 2
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La création comme structure
Pour
qu’une œuvre obtienne son identité propre, elle
doit obéir à un réseau de récurrences
implicite à ses éléments structurels: c’est
ce que les matériaux ordonnent. Ce système sous-tend
une multitude de facteurs qui influencent la création (espace,
temps, limites imposées par la matière, etc.), mais
celle-ci demeure toujours subordonnée à la structure
que voudra lui donner l’artiste. Parce que la pièce artistique
compose un tout, un agencement complexe d’éléments
hétérogènes mais complémentaires, un ordre
obligatoire décidera de la cohérence et de l’articulation
des parties les unes avec les autres. C’est ainsi qu’une
œuvre ne peut être comparée à n’importe
quel autre objet, elle devient le fruit d’une maturation qui
dégage un sens nouveau. C’est un monde autonome avec
ses réalités propres.
La
structure joue constamment avec les oppositions. Par exemple, les
silences d’une pièce musicale sont des absences de mélodie
mais en font partie intégrante; l’aspect que prend une
sculpture oppose la matière qui reste à celle qui a
été détachée à l’aide du
ciseau. La forme sérielle d’une œuvre fait alterner
ses éléments caractéristiques pour en constituer
les assises. Ces intervalles variables en relation continuelle déterminent
la tension entre des contraires qui rendra l’ensemble nécessaire
en le mettant dans ses meilleures conditions d’existence. La
nécessité de chaque partie se fait sentir: la moindre
ablation briserait ce système d’interrelations. Ainsi,
le caractère successif de la composition d’une chanson
donne à chaque couplet sa réponse par un refrain; l’auditeur
les perçoit telles des strates qui se superposent. Toutes ces
parties, portant une ou plusieurs marques prédictives, formeront
un tout indispensable. L’art devient alors une révélation
progressive, une structuration de l’imaginaire dans notre perception
du monde. Sans être une copie, il renseigne sur l’environnement
et révèle, par ses écarts aux archétypes
humains, la nature profonde de son créateur. En effet, comme
Spitzer le mentionne pour la langue, le style artistique pourrait
aussi être tout ce qui apparaît en s’écartant
de la norme traditionnellement admise.
Mais
comment pouvons-nous définir la finalité de l’acte
de création et savoir à quelle motivation il répond.
L’artiste use de discipline, de méthode et jouit d’une
grande liberté intérieure, mais il se base surtout sur
son expérience de la vie et sa réaction aux stimuli
extérieurs. Aucune règle ne préexiste à
la création qui peut être définie comme la réponse
à un mouvement émotif dépourvu de toute logique,
un besoin particulier d’expression. Elle est le jaillissement,
la libération totale d’une idée, la naissance
d’une partie de soi. Fondamentalement, l’artiste aspire
à l’éternité en intégrant sa structure
personnelle à la matière, en lui donnant la quintessence
de lui-même. Mais cette définition est impossible si
l’on ne tient compte de l’effet de réciprocité
avec les destinataires: l’existence de l’art ne se justifie
que par la présence de ceux qui le «consomment».
La lecture esthétique (l’interprétation) de quelqu’un
demeure essentielle, car «l’œuvre n’existe
que si on la regarde et qu’elle est d’abord pur appel,
pure exigence d’exister» (Jean-Paul Sartre,
Situations II, Paris, Gallimard, 1948, p. 98.). L’expression
de l’artiste devient un langage singulier qui peut susciter
la réflexion, l’euphorie, la peine, et même la
haine; c’est pourquoi, chez le «lecteur», une certaine
ouverture est préalable à l’établissement
d’un contact qui prévaudra à tout «échange»
avec l’œuvre d’art. ...
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