Galanteries chevaleresques ou le thème de la fin’amors
dans le Lancelot de Chrétien de Troyes - 4
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L’interprétation de Guenièvre en tant que symbole
vers lequel se dirige tout l’amour chevaleresque aide également
à consolider la thèse faisant de Lancelot l’archétype
du fin’amant. Chrétien de Troyes confère un pouvoir
absolu à la reine, qui pourra aller jusqu’à donner
tyranniquement des ordres à «celui dont la vie ne [fait]
[...] qu’un avec la sienne» (p. 275). Au cours du récit,
la reine se dévoile graduellement, elle sort un peu plus de
l’ombre à chaque nouvel épisode, à chaque
fois que Lancelot fait montre d’idolâtrie à son
égard. Ainsi, toute la volonté du fin’amant disparaît:
il sera le pire ou le meilleur chevalier au «tournoi de Noauz»,
et la dame ne daignera porter attention à la réputation
de son serviteur puisque cette soumission absolue est un gage d’amour.
Elle va même jusqu’à lui réserver un accueil
glacial lorsqu’il vient la libérer des griffes de Méléagant;
car il ne faut pas seulement risquer sa vie aveuglément, il
faut aussi le faire sans craindre de perdre son honneur en grimpant
dans la charrette patibulaire, ce qu’il avait fait au début...
Pourtant, il serait faux de penser que Guenièvre ne manifeste
son amour d’aucune façon. La fin’amors que présente
Chrétien de Troyes dans son roman est le produit d’une
interrelation calculée, la dame doit répondre de quelque
manière aux flammes de son amant. Par exemple, à la
rumeur de la mort de Lancelot, elle se lamente et se dit «bien
lâche de rester encore en vie.» (p. 279) Son affliction
est telle qu’elle restera prostrée pendant deux jours
sans boire ni manger. Plus loin, dans la scène amoureuse qui
se joue dans la chambre, «C’est Amour qui [...] pousse
[la reine] à [...] [un] accueil charmant; [...] [car] elle
l’aime d’un amour profond [...]» (p. 301). Et à
la libération finale du héros, «Ne participe-t-elle
point à la joie générale? Si, bien sûr,
elle est au tout premier rang !» (p. 413)
En
définitive, la complexité des traditions sociales et
littéraires, les situations singulières, voire ambiguës,
dans lesquelles Chrétien de Troyes plonge ses personnages ne
permettent pas toujours au lecteur une compréhension toujours
claire. Mais cet amour qu’il nous décrit reste bel et
bien celui chanté par les troubadours. Même si Lancelot
apparaît généralement comme le fin’amant
idéal, il n’est pas sans posséder quelques défauts…
Cependant, si l’ultime dessein du fin’amant est de passer
une nuit d’amour avec sa dame, Lancelot correspond d’emblée
à tous les critères qui font de lui un «modèle».
Ce héros qui a traversé landes et vallons, obnubilé
par l’image de sa dame, ébauchant ainsi les conceptions
mystiques d’un autre monde, marque encore et tracera probablement
toujours dans l’imaginaire des âmes transies l’essence
d’un idéal amoureux.
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