Galanteries chevaleresques ou le thème de la fin’amors
dans le Lancelot de Chrétien de Troyes - 1
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Résumé:
Dans l’austère société médiévale
où l’attention est presque entièrement dirigée
vers les prouesses guerrières, bien peu d’importance
et de respect restent accordés aux femmes. Pourtant, un idéal
amoureux se forge progressivement à partir des oeuvres romanesques
et poétiques: il s’agit de la fin’amors, thème
lyrique par excellence des troubadours qui continue de faire rêver
aujourd’hui. Cette façon de représenter une passion
absolue entre un chevalier et sa dame a été grandement
influencée par Chrétien de Troyes, auteur de plusieurs
romans qui peignent de diverses façons des sentiments toujours
plus sublimes. C’est à travers son Lancelot ou le Chevalier
de la Charrette, œuvre déterminante dans la définition
du genre, qu’il est possible de voir à quel point un
«héros courtois» peut parfaitement épouser
les caractéristiques qui feront de lui le modèle du
parfait fin’amant.
Pour
arriver à brosser les grands traits de cette «tradition»
amoureuse, il est d’abord essentiel d’ébaucher
le contexte sociohistorique qui a permis son développement.
C’est au début du XIIe siècle qu’apparaissent
les premiers indices de la vie mondaine laissant plus de place à
l’influence féminine. Le développement des échanges
commerciaux avec l’Orient et l’Espagne, mondes nouveaux
dont les mœurs fascinantes sont autant de découvertes,
permet à la vie sociale de s’organiser en dehors des
pratiques religieuses, tout en alliant un goût sans cesse grandissant
pour le luxe. Ce processus s’élabore surtout dans la
région occitane (le midi de la France actuelle), territoire
où la population aux habitudes moins guerrières et plus
«émancipées» de l’influence religieuse
préfère s’adonner à ce libertinage encore
réprouvé dans le nord. Devant l’absence de leurs
maris (toujours en train de jouter lorsqu’ils n’affrontent
pas les Sarrasins dans quelque croisade) avec lesquels l’union
n’était que politique, les femmes succombaient aisément
aux services amoureux des troubadours, poètes qui devenaient
ainsi hommes liges de leur dame. On observera un certain engouement
pour l’amour courtois dans la région d’Oïl
seulement vers la moitié du XIIe siècle. L’insertion
progressive de ces mœurs au nord se fait probablement à
partir de 1137, à la suite du mariage de Louis VII avec Aliénor
d’Aquitaine, dame dont la finesse des goûts permet d’entretenir
une cour fréquentée par les trouvères, où
les valeurs amoureuses sont assidûment magnifiées. Il
est d’ailleurs utile de mentionner que la littérature
courtoise devient le produit de la cour dont elle façonne les
idéaux sociaux. ...
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