Compte-rendu de la conférence intitulée «Comprendre et dépasser les limites de nos processus mentaux» - 5 (rédaction: Anne-Sophie Charest)

... Les croyances

Sarrasin définit une croyance comme une connaissance sur le monde que l’on juge vraie. Nos croyances nous permettent de comprendre, de prévoir, de choisir, d’agir et ont une incidence sur notre évaluation des événements. Il souligne qu’il est important de reconnaître que nous ne faisons pas que recevoir les nouvelles informations, nous agissons sur celles-ci car l’interprétation forge nos croyances en tenant compte de nos apprentissages antérieurs.

Le conférencier rappelle également que le processus d’interprétation n’est pas totalement rationnel. Beaucoup d’autres éléments entrent en ligne de compte pour définir nos croyances, tels que nos attentes et nos émotions. Ainsi, on est porté à interpréter les informations pour corroborer nos attentes et une personne émotionnellement chargée réagit différemment face au même événement que si elle ne l’était pas. La compréhension de ces facteurs (et de plusieurs autres) nous permet de voir comment procède l’interprétation, ce qui est très important puisque c’est elle qui forge nos croyances et que nos croyances modifient à leur tour nos comportements.

Jugements et croyances

Herbert Simon, un chercheur multidisciplinaire et pionnier des sciences cognitives, s’intéressait au traitement de l’information dans les organisations. Son hypothèse était que notre rationalité est limitée, notre cerveau ayant développé certaines limites à travers l’évolution. Par la suite, d’autres chercheurs ont étudié justement pourquoi l’être humain ne raisonne pas selon les lois des statistiques, ni ne suit la logique dite mathématique, mais se fie plutôt à la plausibilité des choses et aux connaissances qu’il en a. Par exemple, le livre Judgement under Uncertainty : Heuristics and biases, de Daniel Kahneman et ses collègues, présente une description des phénomènes qu’ils ont observés à travers deux heuristiques qui favorisent l’interprétation. Sarrasin précise qu’une heuristique est un ensemble de moyens économiques utilisés par le cerveau pour comprendre une information. D’abord, il y a l’heuristique de disponibilité, c’est-à-dire qu’on évalue la probabilité d’un phénomène selon le nombre de cas similaires dont on se souvient. Par exemple, ceux qui croient que la pleine Lune augmente le nombre d’accouchement retiennent majoritairement les informations favorables à cette hypothèse. Aussi, il y a l’heuristique de représentativité selon laquelle on accorde une probabilité plus élevée à une information qui est représentative de la catégorie à laquelle elle appartient.

«Linda a 31 ans. Célibataire, franche et très intelligente, elle a étudié la philosophie à l’université. Pendant ses études, elle s’est beaucoup intéressée aux problèmes de discrimination et de justice sociale et elle a également participé à des manifestations contre l’usage de l’énergie nucléaire.» (Kahneman et al., cité dans le livre de Sarrasin)

Les chercheurs ont ensuite demandé aux volontaires lequel des deux énoncés était le plus plausible :
a) Linda est caissière dans une banque.
b) Linda est caissière dans une banque et est active dans un mouvement féministe.
En outre, une recherche publiée en 2001 et utilisant l’imagerie cérébrale concluait que souvent, lors de raisonnements moraux, c’est le système limbique (la partie du cerveau qui traite les émotions) qui est la plus active. Ainsi, on n’est pas toujours si rationnel, même quand on veut bien le croire…
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