...
Les croyances
Sarrasin
définit une croyance comme une connaissance sur le monde que
l’on juge vraie. Nos croyances nous permettent de comprendre,
de prévoir, de choisir, d’agir et ont une incidence sur
notre évaluation des événements. Il souligne
qu’il est important de reconnaître que nous ne faisons
pas que recevoir les nouvelles informations, nous agissons sur celles-ci
car l’interprétation forge nos croyances en tenant compte
de nos apprentissages antérieurs.
Le
conférencier rappelle également que le processus d’interprétation
n’est pas totalement rationnel. Beaucoup d’autres éléments
entrent en ligne de compte pour définir nos croyances, tels
que nos attentes et nos émotions. Ainsi, on est porté
à interpréter les informations pour corroborer nos attentes
et une personne émotionnellement chargée réagit
différemment face au même événement que
si elle ne l’était pas. La compréhension de ces
facteurs (et de plusieurs autres) nous permet de voir comment procède
l’interprétation, ce qui est très important puisque
c’est elle qui forge nos croyances et que nos croyances modifient
à leur tour nos comportements.
Jugements
et croyances
Herbert
Simon, un chercheur multidisciplinaire et pionnier des sciences cognitives,
s’intéressait au traitement de l’information dans
les organisations. Son hypothèse était que notre rationalité
est limitée, notre cerveau ayant développé certaines
limites à travers l’évolution. Par la suite, d’autres
chercheurs ont étudié justement pourquoi l’être
humain ne raisonne pas selon les lois des statistiques, ni ne suit
la logique dite mathématique, mais se fie plutôt à
la plausibilité des choses et aux connaissances qu’il
en a. Par exemple, le livre Judgement under Uncertainty : Heuristics
and biases, de Daniel Kahneman et ses collègues, présente
une description des phénomènes qu’ils ont observés
à travers deux heuristiques qui favorisent l’interprétation.
Sarrasin précise qu’une heuristique est un ensemble de
moyens économiques utilisés par le cerveau pour comprendre
une information. D’abord, il y a l’heuristique de disponibilité,
c’est-à-dire qu’on évalue la probabilité
d’un phénomène selon le nombre de cas similaires
dont on se souvient. Par exemple, ceux qui croient que la pleine Lune
augmente le nombre d’accouchement retiennent majoritairement
les informations favorables à cette hypothèse. Aussi,
il y a l’heuristique de représentativité selon
laquelle on accorde une probabilité plus élevée
à une information qui est représentative de la catégorie
à laquelle elle appartient.
«Linda
a 31 ans. Célibataire, franche et très intelligente,
elle a étudié la philosophie à l’université.
Pendant ses études, elle s’est beaucoup intéressée
aux problèmes de discrimination et de justice sociale et elle
a également participé à des manifestations contre
l’usage de l’énergie nucléaire.» (Kahneman
et al., cité dans le livre de Sarrasin)
Les
chercheurs ont ensuite demandé aux volontaires lequel des deux
énoncés était le plus plausible :
a) Linda est caissière dans une banque.
b) Linda est caissière dans une banque et est active dans un
mouvement féministe.
En outre, une recherche publiée en 2001 et utilisant l’imagerie
cérébrale concluait que souvent, lors de raisonnements
moraux, c’est le système limbique (la partie du cerveau
qui traite les émotions) qui est la plus active. Ainsi, on
n’est pas toujours si rationnel, même quand on veut bien
le croire… ...
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