Le commerce philosphique des Lumières
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... Le mercantilisme outrancier et Monsieur de V.

Parmi les hommes qui ont aidé à édifier l’esprit des Lumières, nous ne pouvons évacuer le nom de Voltaire, particulièrement lorsque nous parlons de fortune. À cet effet, il est intéressant de préciser que Voltaire a été pendant sa vie un des hommes les plus riches de France. Cet écrivain habile (et peut-être retors…) comprend rapidement que les affaires bien menées peuvent lui permettre d’acquérir l’influence et le respect auxquels il aspire. Il s’enrichit rapidement grâce à une lucrative spéculation sur une loterie, à la fourniture d’uniformes et de vivres à l’armée, ainsi qu’aux importantes sommes que lui rapportent ses rentes viagères. C’est donc sans honte aucune qu’il laisse fructifier sa fortune, assurance de liberté pour sa plume acerbe.

L’intérêt considérable que Voltaire porte aux échanges économiques apparaît également dans ses Lettres philosophiques (Voltaire, Lettres philosophiques, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, 188 p.). Le modèle anglais, qui lui semble bien disposé au commerce et aux carrières fondées sur la valeur, lui prête les arguments qui prônent une révision des hiérarchies statiques de la France : «Tel est le respect que ce peuple a pour les talents, qu’un homme de mérite y fait toujours fortune.» (Ibid, p. 148). Le commerce devient pour lui synonyme de liberté: à partir de rien, une petite île (l’Angleterre) tient en respect le reste du monde par la seule puissance de sa flotte navale. Cela affranchit même des différends religieux puisque «dans la Bourse de Londres, [...] vous y voyez rassemblés les députés de toutes les nations pour l’utilité des hommes» (Ibid, p. 47). Voltaire exalte l’esprit d’entreprise et le place au centre de sa réflexion philosophique: il y fonde sa vision de l’homme et sa lutte contre le fanatisme religieux. Il encourage ceux qui «ont cultivé les lettres comme s’ils en eussent attendu leur fortune; [ceux-ci] ont [...] rendu les arts respectables aux yeux du peuple, qui, en tout, a besoin d’être mené par les grands, et qui pourtant se règle moins sur eux en Angleterre qu’en aucun lieu du monde» (Ibid, p. 139). C’est ainsi que le discours de «celui qui s’est fait roi chez lui» sous-tendra toujours le rapport qualitatif de celui qui, entre divertissements plaisants et amours aisées, encouragera la circulation de l’argent, élément fondateur de l’essor artistique qui reste pour lui un indice certain du dynamisme et de la finesse d’une société.

Dans l’ensemble, si toutes les questions relatives au développement de la «chose économique» au XVIIIe siècle semblent hétérogènes, il est évident que l’élaboration de cette nouvelle vision aura détruit avec force l’anathème millénaire qui condamnait l’accumulation de richesses. Rousseau, «l’inventeur de l’intimité», s’oppose en tous points à un Voltaire qui se délecte des manifestations mondaines, et Diderot se place juste entre les deux, dans sa «neutre objectivité» de philosophe. Mais certaines notions communes apparaissent néanmoins, surtout lorsque nous portons attention à l’héritage idéologique de leurs prédécesseurs britanniques, Comme Adam Smith et John Locke, pour ne nommer que ceux-là… Il reste donc à espérer que les fervents défenseurs de leur gargantuesque enfant, le néolibéralisme, se souviennent de leur postulat premier: l’atteinte d’une société au bonheur ne passe pas seulement par le droit à la propriété privée, mais aussi par la vie et la liberté...

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